Droits humains Théories et Pratiques

Session de formation courte durée à l’intention des locuteurs francophones 12-13 décembre 2015 à l’occasion de la Journée Internationale des Droits de l’Homme Dédiée à Anne Marie Lizin,

Séance du 12 décembre 2015.

 «Je suis une militante avant d’être présidente du Sénat», avait rétorqué celle qui était alors la première présidente du Sénat du Royaume de Belgique, à son interlocuteur interloqué par tant d’aplomb qui sollicitait l’aide de Mme Anne Marie Lizin pour obtenir son aide en vue de rendre visite aux détenus de la prison américaine de Guantánamo (Cuba).

 L’interlocuteur en question n’était autre que Haytham Manna, à l’époque activiste de la société civile arabe, qui deviendra par la suite le chef de file de l’opposition démocratique syrienne.

  1. Manna venait solliciter l’aide de Mme Lizin pour obtenir une autorisation de l’administration républicaine américaine à visiter les prisonniers de Guantánamo, pour la plupart capturés lors de l’invasion américaine de l’Afghanistan, en représailles aux raids du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine (les tours du World Trade Center de New York et le Pentagone).

Sur place, la direction de la prison voulait limiter la visite de Mme Lizin à un entretien avec la hiérarchie carcérale et non à une inspection sur l’état de santé physique et psychologique des détenus. Nouveau refus opposé à Mme Lizin, qui obtiendra finalement gain de cause à force d’insistance, signe indiscutable d’un tempérament bien trempé.

Mme Lizin, connue pour ses positions pro-palestiniennes, fera l’objet vers la fin de vie, malgré son incurable maladie, de harcèlement moral et d’une tentative de discrédit politique en vue de la museler et la pénaliser. En vain.

C’est par ce court texte de grande sobriété que Haytham Manna a rendu hommage à cette militante inlassable des droits des minorités en lui dédiant cette session de formation.

Premier intervenant, l’hôte de la session, Haytham Manna, a plaidé «pour une lecture multidisciplinaire des Droits de l’Homme».

«Peut-on se limiter à une lecture onusienne des Droits de l’Homme, alors que le concept a Quinze fois (15) plus d’âge que la charte fondamentale des Nations-Unies et qu le mouvement civil constitue le véritable moteur de la lutte contre les injustices du système économique, des intérêts géostratégiques de même que l’arrogance du pouvoir politique», s’est demandé le président de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme.

 Manna a relevé la dérive pathologique de la scène mondiale caractérisée par une sorte de «Mondialisation de l’état d’urgence, du fait de la généralisation et de la banalisation de la violence dans les relations internationales».

 2me intervenant, Docteur Amine Al Midani, président du Centre Arabe pour l’éducation au Droit International aux Droits Humains, animateur du site spécialisé sur la question www.acihl.org a traité des thèmes suivants:

 -Introduction à la protection internationale des Droits de l’Homme: Définitions et Notions avec en sous partie «Les systèmes régionaux de la protection des Droits de l’Homme».

 L’universitaire français d’origine syrienne a estimé que «les conventions régionales sont complémentaires des conventions internationales en ce qu’elles disposent parfois de plus de voir que les instances internationales», citant en exemple la Cour Européenne des droits de l’Homme (Strasbourg) a la compétence de juger des États et des individus, de rendre des arrêts, d’infliger des dommages intérêts, ce qui n’est pas le cas au plan international. Le système régional est plus équitable pour la protection des Droits de l’Homme que le système international», a-t-il constaté.

 Détail piquant, la Cour des Droits de l’Homme dans le Monde arabe a pour siège Manama (Bahreïn), une pétromonarchie gouvernée par une dynastie minoritaire sunnite qui réprime depuis 4 ans son peuple revendiquant une égalité de droits.

 Amine Al Midani est l’auteur d’un ouvrage «Les Droits de l’Homme et l’Islam; textes des organisations arabes et islamiques» Préface de Jean François Collange, professeur à l’Université de Strasbourg, Éditions l’Université de Strasbourg – 2me Édition 2011

 Le débat s’est poursuivi par le fonctionnement et le rôle des groupes de pressions ONG dans la vie internationale.

 «Le terme Lobby est chargé de connotation péjorative du fait qu’il constitue une forme de contournement de la démocratie traditionnelle», relève Haytham Manna, qui a beaucoup pâti de l’hostilité des corps constitués durant son action en faveur de la protection des Droits de l’homme dans les pays arabes ou ailleurs.

 Cette connotation s’est renforcée dans la décennie 1980-1990 avec l’éclatement des crises sanitaires (amiante, sang contaminé, farine animale, ether de glycol), ou encore en raison du rôle des groupes de pression minimisant les risques grâce aux cabinets de lobbying», a-t-il-ajouté.

 Quinze mille lobbyistes sont enregistrés auprès des diverses instances européennes à Bruxelles ou à Strasbourg notamment.

 «Le lobby underground (le lobby souterrain) constitue un véritable problème, car il constitue la négation de la transparence. Un fait qui explique l’impression négative qui se dégage de ce terme, quelles que soient les déclinaisons des activités de ce terme et les combinaisons de l’activisme dans ce domaine: Professional Lobby, Citizens Lobby, ONGs et associations opérant en contre-pouvoir sous forme de «non profit group», skateholders, coalition bridge, corporate communication.

«Le déficit démocratique se fait sentir chaque fois que le cercle de personnes qui participe aux décisions ne recoupe pas le cercles des personnes qui subissent les conséquences de ces décisions», a averti Haytham Manna.

 Dimanche 13 décembre,

La reprise des travaux, dimanche, a été marquée par l’intervention de Mme Cordula Droege.

La conseillère juridique-opérations du CICR sur les opérations a procédé à une rétrospective exhaustive de l’historique de la création de la Croix Rouge Internationale, depuis le déclic déclencheur de la bataille de Solférino qui opposa en 1859 la France à l’Empire austro hongrois, se soldant par un bilan de pertes considérables pour l’époque (25.000 morts et blessés, 10.000 capturés ou disparus).

Mme Droege a en outre mis l’accent sur les «défis contemporains pour le Droit International Humanitaire», notamment «la politisation de l’action humanitaire, la multiplication des parties au conflit qui implique une multiplication des lignes de front, le développement de nouveaux types de conflit entre guerre asymétrique et guerres urbaines, ainsi que la complexité des structures engagées dont l’effet direct est de déboucher de ses conséquences exponentielles».

La session, dédiée à Anne Marie Lizin, s’est achevée sur une séance de questions-réponses entre les intervenants et les participants.